Contexte
En novembre 2018, à New York, un simple coup de marteau a suffi à faire trembler le marché de l’art contemporain : Portrait of an Artist de David Hockney s’est envolé à 90,3 millions de dollars. Presque le double du précédent record pour un artiste vivant.

Derrière cette scène spectaculaire, se cache un écosystème de parties prenantes de plus en plus plus complexe. Les enchères deviennent progressivement des théâtres où se croisent maisons de ventes, collectionneurs, financiers, et désormais des investisseurs tiers, invisibles mais déterminants.
Crédits et prix de réserve
À partir des années 1990, les maisons de ventes aux enchères ont commencé à complexifier leur concept pourtant simple qui était de vendre au plus offrant. Pour stimuler la demande, elles ont d’abord commercialisé des crédits aux enchérisseurs. En proposant des facilités de financement, elles leur permettaient d’enchérir au-delà de leurs moyens immédiats. Résultat : les prix ont grimpé et les ventes se sont accélérées, au plus grand bonheur des vendeurs.
Pour continuer de se démarquer, certaines maisons de vente ont commencé à proposer des prix de réserve, un prix minimum défini entre le vendeur et la maison d'enchères. Si ce montant n’est pas atteint, le bien reste invendu. Ce chiffre demeure inconnu des enchérisseurs. De quoi frustrer ceux qui pensaient avoir remporté une œuvre avant d’apprendre qu’ils n’ont pas atteint le seuil. Pour le vendeur, en revanche, cette discrétion offre la sécurité de ne jamais céder son bien à perte.

Les enchères minimum garanties
Pour attirer les œuvres les plus prestigieuses, les maisons de ventes aux d’enchères ont continué d’innover en proposant notamment la garantie d’acheter le bien à un prix convenu à l’avance avec le vendeur, si celui-ci n’est pas atteint. Ce mécanisme permet d’assurer au vendeur un prix minimum avant même que la vente n’ait lieu.
Si, par exemple, un tableau est mis en vente avec une réserve à 50 millions de dollars, la maison d’enchères peut garantir 55 millions au vendeur. Que l’œuvre trouve preneur ou non, le vendeur repart avec ses 55 millions. Si la vente s’arrête à 52 millions, c’est la maison de vente qui couvre la différence.

Le système des garanties s’est développé jusqu’à la crise financière de 2008. Il a disparu après que plusieurs maisons de vente se sont retrouvées obligées d’honorer des garanties surévaluées pour des œuvres qu’elles n’arrivaient plus à revendre.
La naissance des tiers-garants
Ce n’est qu’à partir de 2015 que le dispositif est relancé sous une nouvelle forme. Désormais, Christie’s et Sotheby’s ou Phillips proposent à des investisseurs privés de prendre la garantie à leur compte. Le concept s’est institutionnalisé sous deux appellations : irrevocable bid (ordre d’achat irrévocable) chez Sotheby’s et third-party guarantee (tierce partie) chez Christie’s.

Pour les inciter à prendre le risque à leur place, les maisons d’enchères leur offrent des avantages considérables : ils peuvent notamment enchérir sur l’œuvre pendant la vente, alors qu’ils sont les seuls enchérisseurs à connaître le montant du prix de réserve et de la garantie qu’ils couvrent. S’ils remportent la vente, ils sont également exonérés des frais d’achat (souvent 20 à 25 % du prix final). Si, au contraire, un autre enchérisseur dépasse le prix garanti, ils partagent le bénéfice avec le vendeur et la maison d’enchères.
Devenir tiers garant à partir de 250 €
Traditionnellement réservée à une poignée de collectionneurs et de maisons de vente, la fonction de tiers garant devient accessible. Konvi a fait entrer cette mécanique, habituellement à plusieurs millions de dollars, dans le champ de ses utilisateurs. En clair, nous pouvons désormais jouer un rôle de garant «fractionné», à partir de 250 €, pour participer à des ventes aux enchères d’objets de prestige.

Concrètement, voici comment ça fonctionne :
- Konvi identifie un actif intéressant (œuvre d’art, montre de collection, voiture de collection…) mis aux enchères.
- Un « guarantee price » (prix garanti) est fixé entre Konvi et la maison d'enchères. Les investisseurs de la plateforme qui souhaitent se porter garants s’engagent collectivement à couvrir ce montant.
- Deux scénarios se présentent :
- Si l’enchère finale dépasse ce prix garanti, vous encaissez une part de la marge supplémentaire proportionnellement à ce que vous avez contribué.
- Si l’enchère reste en dessous, vous devenez co-propriétaire de l’actif au prix garanti. L’actif entre dans votre portefeuille Konvi et vous pouvez espérer une valorisation future.
- Si l’enchère finale dépasse ce prix garanti, vous encaissez une part de la marge supplémentaire proportionnellement à ce que vous avez contribué.
La première opération de ce type menée par Konvi a permis à 156 investisseurs de devenir garants d’un prix de vente minimum de 82 000 $. La vente a finalement dépassé cette garantie, générant un rendement de 1,583 % en seulement deux semaines, soit +19 % annualisé.

Quels sont les risques ?
Le risque principal pour le garant dans ce type d’opération est évidemment que le bien soit adjugé en dessous du prix garanti. Dans ce cas, les garants doivent acheter l’œuvre. On se retrouve alors avec un bien invendu, difficile à revendre rapidement. Ce type d’œuvre perd souvent de son attrait sur le marché, car les collectionneurs savent qu’elle n’a pas trouvé preneur la première fois. Il faut donc attendre plusieurs mois, voire plusieurs années, avant qu’elle puisse être proposée à nouveau aux enchères dans de bonnes conditions.
Un système jugé inégal
Le système divise. Certains y voient une trahison du principe même des ventes aux enchères, censées être équitables et transparentes. Les tiers garants, eux, disposent d’un net avantage car ils connaissent les prix de réserve et bénéficient souvent d’exemptions de frais. Ces déséquilibres créent un marché à deux vitesses : celui du grand public, et celui des professionnels. Pour les uns, c’est une dérive ; pour les autres c’est l’évolution naturelle d’un marché devenu un véritable produit financier.
